Dossier Haut Débit au Maroc avec Mr MRABET – Professeur à l’ENSIAS – Partie II

Internet, Interviews | | Le 2 août, 2004 - 7 h 59 min

mrabet« Une concurrence loyale sur ce marché ne peut être que bénéfique pour les opérateurs mais aussi et surtout pour les citoyens et les entreprises… » Entreprises, FAI, Pouvoir public face au Haut débit, tel est le thème de ce deuxième volet de notre entretien avec Mr Mrabet.

Est-ce que les sociétés marocaines ont vraiment besoin des Réseaux Haut Débit ? Autrement, est-ce que la qualité production exige d’une part et amortis d’une autre le coût de ce choix ?

Bien évidement, les entreprises marocaines ont besoin des réseaux haut débit. La pénétration de marchés internationaux par la communication et la collecte d’information ne sont plus à démontrer. Par exemple, une vidéoconférence avec un interlocuteur distant n’est plus un luxe mais devient une nécessité économique.Le transfert d’un catalogue de produits en un temps record est considéré aussi maintenant comme une exigence de la production. D’autres exemples peuvent être cités qui montrent qu’on est forcé aujourd’hui avant demain d’avoir une infrastructure haut débit.

Est-ce que finalement, le haut débit ne sera profitable seulement pour les entreprises et que le grand public reste en marge du haut débit ?

La diminution des coûts de connexion est un élément moteur pour généraliser l’utilisation d’Internet, tant au niveau de l’entreprise que du grand public. Mais ce n’est pas la seule exigence qui viendra du grand public. Il sera fortement intéressé par de nouveaux usages même si les applications classiques deviennent elles aussi gourmandes en bande passante. En effet, l’augmentation continue du volume d’information, des pages Internet par exemple, montre que le temps de chargement n’est pas forcément voué à la baisse vu l’enrichissement permanent des contenus avec amélioration réelle de l’ergonomie.

Concernant les nouveaux usages, le divertissement sera le principal moteur de l’utilisation, à venir, de services et de réseaux à hauts débits. La radio en ligne sera un média d’accompagnement complémentaire et transversal à la navigation sur l’Internet. Les jeux en ligne et la télévision interactive seront les moteurs de la demande des particuliers pour les hauts débits. D’autres usages auront leur rôle à jouer comme la formation et le télé-enseignement.

Le Haut débit pourra-t-il permettre à Maroc Connect, Menara ou encore MTDS d’amortir leurs coûts ?

C’est une question délicate à laquelle je ne peux pas répondre convenablement. Ce que je peux dire c’est que les principaux fournisseurs Internet ne peuvent ignorer les technologies haut débit et ils doivent être présents sur ce marché. D’ailleurs, Maroc Connect et MTDS ont inclus dans leur offre l’ADSL.

Maintenant, ils devront s’assurer que la concurrence est loyale et que l’ANRT fasse son travail de contrôle dans la limite de la loi.

Une concurrence loyale sur ce marché ne peut être que bénéfique pour les opérateurs mais aussi et surtout pour les citoyens et les entreprises.

Que vous inspire les récentes offres PC de Menara ? Comment la jugez vous en terme de concurrence et les effets escomptés sur le marché ?

De prime abord, les récentes offres PC Menara sont une bonne nouvelle pour les ménages et les entreprises marocaines pour essayer de rattraper notre retard en terme d’équipements et d’accès Internet.

Cette formule ne doit pas se transformer en une location ou un leasing d’ordinateurs sans connexion car ce n’est pas le métier de Maroc Telecom de vendre de l’équipement informatique.

Il reste donc à vérifier si la greffe va prendre sinon c’est une concurrence inattendue et risquée pour toutes les entreprises qui font de la revente de matériel informatique leur principale activité.

Quels rôles peuvent jouer les pouvoirs publics pour favoriser son développement ?

L’arrivée du haut débit va impliquer, à moyen terme, dans notre société des bouleversements structurels ; cette perspective doit se traduire maintenant en termes d’orientations, de décisions et d’actions. Bien que désireux de s’engager dans la voie des nouvelles technologies, le Maroc n’a pas encore fait des choix déterminants pour assurer une connectivité Internet pour tous.

Des investissements publics massifs sont nécessaires pour soutenir la croissance de la nouvelle économie, et donc sont des moteurs importants pour la croissance et l’emploi de demain. Néanmoins, je reste persuadé que les hauts débits relèvent en tout premier lieu de l’initiative privée. Leur développement et leur gestion doivent, à terme, être assurés uniquement par le secteur privé.

L’état doit s’assurer qu’une concurrence saine s’installe entre les opérateurs d’une même technologie mais doivent mettre également en concurrence les technologies entre elles. C’est le rôle de l’ANRT qui voit son implication s’étendre de plus en plus. L’état doit encourager aussi l’émergence de nouveaux usages. Ma conviction est que seule une approche pilotée par la demande est susceptible de conduire à une croissance saine et durable des hauts débits.

Propos recueillis par RA et Mounir Khouja ITMaroc.com

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Partie I : Etat du marché du haut débit au Maroc

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