Redistribution des cartes dans le marché du mobile ?

A la une, Telecom | | Le 11 mai, 2010 - 9 h 45 min

A en croire les derniers chiffres du régulateur télécom (ANRT), l’année s’annonce prometteuse pour Wana corporate en particulier. Dans le marché mobile, sa marque commerciale -Inwi- est parvenue en l’espace d’un peu plus de deux mois à mieux s’imposer. Son parc GSM est passé donc de 604.000 à 1,2 million d’abonnés.

Dans son enquête – mars 2010 -, l’Agence nationale de la réglementation des télécommunications relève que sa croissance trimestrielle a enregistré «un bond de plus de 113%». De quoi donner des ailes au nouveau management d’Inwi qui compte cinq directeurs maghrébins et quatre autres européens. Le tout mené par un ex-dirigeant d’Orange, Frédéric Debord. Wana a dû casquer 60 millions de DH pour faire de la publicité pour sa nouvelle marque, miser sur la tarification à la seconde et opter pour une facturation transparente via un SMS envoyé après chaque appel. La politique du «one shot», selon la formule de Debord, donne ses fruits, d’où sa distance vis-à-vis du banking mobile: «Nous n’avons pas le temps, les ressources pour éduquer 27 millions d’utilisateurs des services GSM. C’est à l’opérateur leader de le faire», nous déclarait-il le 24 février dernier, soit un jour après le lancement officiel de l’offre GSM d’Inwi. Une offre qui s’est focalisée sur le prépayé surtout. «L’offre postpayée a été lancée hier et celle dédiée aux entreprises est prévue pour fin mai. Nous préparons la migration des clients CDMA vers le GSM», annonce le DG d’Inwi.

Soulignons par ailleurs qu’entre mars 2009 et mars 2010, Wana a doublé le nombre de sa clientèle dans le mobile. Période durant laquelle son nouveau DG venait d’être recruté. C’est dire que Debord ne faillit pas pour l’instant à sa réputation de «cost killer», avec laquelle il prend des distances d’ailleurs. On ne coupe pas dans les dépenses par «plaisir», à commencer par la masse salariale.
Méditel, quant à elle, continue sa percée dans le marché mobile. Elle détient 9,4 millions d’abonnés sur les 27 millions que compte le marché. Certes sa croissance trimestrielle de son parc est mineure par rapport à celle d’Inwi, soit près de 8%. Elle a tout de même récupéré près de deux millions de clients en un an, à compter de mars 2009. Mais la loi du nombre ne prime pas sur celle du revenu par client. Et qui pèse largement sur le chiffre d’affaires d’un opérateur télécom: plus vos abonnés consomment, plus vous faites du chiffre.
C’est fort probablement un des arguments ayant été mis en avant lors de sa bataille décisive pour décrocher l’application de l’asymétrie tarifaire. Un principe de droit économique qui implique qu’elle payera moins à Maroc Telecom lorsque l’un de ses clients passe un appel vers un abonné de l’opérateur historique. Dès le 1er juillet, Maroc Telecom ne prélèvera plus 1,15 DH sur les coûts de communication provenant de Méditel. Cette baisse des tarifs d’interconnexion entre réseaux devient donc pour l’ex-filiale de Téléfonica un atout supplémentaire pour ses offres. Elle revendique aussi plus de 300 jours de promotion, soit 86% par an.
Un détail qui compte pour un opérateur qui a réalisé 5,4 milliards de chiffre d’affaires: «on consolide l’investissement, on ne remonte plus la pente», rassure la direction communication de Méditel.
Depuis dix ans, l’opérateur a investi 22 milliards de DH pour la licence, réseau, etc. Son endettement à l’international (6,3 milliards de DH) a lui été reconverti dès 2006 auprès des banques marocaines: ne pas la payer en devise revient moins cher. Sans oublier qu’un des actionnaires -Finance.com- dispose d’une banque, la BMCE Bank.
N’empêche que Méditel, qui n’a pas de clientèle dans le fixe résidentiel, se positionne plutôt auprès des entreprises. Malgré son 0,33% de part de marché, elle estime que c’est un choix «stratégique». Les statistiques de l’ANRT la confortent dans la mesure où le taux de pénétration du fixe est en baisse et ses abonnés aussi, 3,4 millions.
Fini le temps des offres impersonnelles. La solution globale et individualisée (GSM, internet, fixe, plus les services) selon les besoins télécom de chacun, prendra de plus en plus d’ampleur. C’est l’une des options si les opérateurs, Maroc Telecom surtout, veulent éviter l’érosion financière du segment. Concernant Wana, son offre Bayn (1 DH/mn) -fixe avec mobilité restreinte- a quasiment dévoré le marché, plus de 60% des parts. Un peu moins d’un million de clients conquis en un an. C’est la performance de Maroc Telecom mais dont les parts de marché ont dévissé de 3%. «La baisse du parc de l’opérateur historique a été absorbée à part égale et en valeur absolue par ses deux concurrents», selon un professionnel. Sauf que le fameux revenu par client prime toujours. Particulièrement lorsqu’on réalise plus de 30 milliards de DH de CA et qu’on table plus que jamais sur une croissance tirée par les filiales africaines (Mauritanie, Mali…).
Dans le secteur télécom, la baisse des prix, mise en avant dans la note d’orientation 2010-2013, n’est pas encore palpable sur le marché. Il faut attendre qu’une grande migration du prépayé (plus de 96% des abonnés) au postpayé se fasse.
L’année semble amorcer un revirement dans le secteur et qui, à moyen terme, culminera par une redistribution des cartes dans le marché du mobile et de l’internet surtout.

Source : Leconomiste


A lire également

Réaction